Santé sexuelle pour les personnes trans

Note sur les termes utilisés
Il est malheureusement impossible de parler des corps trans d’une manière qui permette d’inclure et de respecter toute la diversité des corps et des identités et qui conviennent à toutes les personnes trans. Les termes choisis ici pour parler des corps des personnes trans sont assez basiques et ne prétendent pas convenir à tout le monde. Le fait qu’ils soient utilisés ici ne signifie donc pas que toutes les personnes trans les acceptent pour parler d’elles-mêmes.

Sexualité

Toutes les orientations et préférences sexuelles existent parmi les personnes trans.

Il y a des personnes trans qui se définissent comme lesbiennes, gays, bisexuel_les, hétérosexuel_les, etc. Certain_es définissent leur orientation sexuelle par des termes moins «classiques», alors que d’autres ne la définissent pas du tout. Les préférences quant aux pratiques sexuelles sont également différentes pour chaque personne trans.

En matière de sexualité, il est évidemment important et nécessaire que les partenaires soient consentant_es. Il n’y a pas de raison d’avoir honte lorsqu’on a envie de faire ou d’essayer quelque chose ou qu’on ne veut ou ne peut pas faire quelque chose. Et il ne faut jamais renoncer au safer sex sur pression de son ou sa partenaire. Vous êtes la seule personne qui peut décider ce qu’elle souhaite en matière de sexualité.

Dans le cadre d’une transition, la sexualité peut évoluer. Souvent, les personnes trans qui prennent de la testostérone sentent leur désir sexuel augmenter, alors que celles sous hormones féminisantes et/ou anti-androgènes en ont plutôt moins. Il est aussi possible que la vitesse et l’intensité de l’orgasme changent. Les modifications corporelles, à travers les hormones et/ou la chirurgie, ont aussi une influence sur les sensations et les pratiques sexuelles qui nous plaisent. L’appropriation d’une nouvelle identité sociale et intime peut également influencer les attirances, le désir et les pratiques.

Après une transition, certaines personnes trans se sentent attirées par d’autres personnes qu’avant. Tout est possible : une personne trans se sentant exclusivement attirée par un genre avant sa transition peut par exemple ensuite se sentir attirée par d’autres genres.

Ce que je veux, ce que je ne veux pas

Vous êtes la seule personne qui peut savoir et dire ce qu’elle souhaite en matière de sexualité. Il est tout à fait OK de dire « Non » dès le départ et de s’y tenir. Il est aussi tout à fait OK de dire « Non » plus tard, même on a dit « Oui » avant. Votre corps, votre intimité et votre santé vous appartiennent et c’est à vous de décider ce que vous voulez en faire.

Votre corps et votre intimité

Si vous êtes trans et que vous le dites à d’autres personnes, par exemple des partenaires sexuel_les potentiel_les, on vous a peut-être déjà posé des questions intrusives comme « Mais tu as quoi entre les jambes ? » ou rejeté_e en raison de votre identité trans.

Votre intimité vous appartient et c’est à vous de décider ce que vous souhaitez dire de vous, de votre corps et/ou de votre identité. De la même manière, il n’y a pas d’obligation à dire que vous êtes trans ou, au contraire, de le cacher à tout prix. Si vous sortez pour avoir des relations sexuelles, essayez de définir par avance ce que vous voulez dire sur vous ou non, même si c’est parfois difficile d’anticiper !

Votre santé

Il peut arriver que des personnes avec qui vous pourriez avoir des relations sexuelles vous demandent des choses que vous ne voulez pas faire, comme par exemple de ne pas mettre de préservatif pour coucher avec vous. Dites-vous qu’une personne qui est prête à mettre votre santé et la sienne en danger n’est sûrement pas un bon plan ! Une personne peut être porteuse du VIH ou d’autres IST sans que cela ne se voie et il se peut qu’elle ne le sache pas elle-même.

Si vous sortez pour avoir des relations sexuelles, prenez des préservatifs et du lubrifiant avec vous et essayez d’être au clair sur les pratiques que vous souhaitez ou pas.

N’oubliez pas l’importance du dépistage. Celui-ci permet de bien prendre soin de sa santé et de celle de son/sa/ses partenaire(s), de traiter les infections rapidement s’il y en a et ainsi d’éviter les conséquences qui parfois peuvent être sérieuses. N’hésitez pas à demander conseil auprès de centres de santé sexuelle.

Safer sex

Pour les personnes trans, suivre un traitement hormonal et/ou avoir eu une réassignation génitale ne signifie pas qu’il n’y ait pas de risque de contracter ou de transmettre le VIH ou d’autres IST.

Règles du safer sex

  • Pénétration vaginale ou anale avec préservatif
  • Et parce que chacun_e l’aime à sa façon : faites sans tarder votre safer sex check personnel

De nos jours il est possible de se protéger du VIH également à l’aide de la PREP (prophylaxie préexposition au VIH, traitement préventif pour éviter une contamination au VIH). Les centres Checkpoint peuvent vous renseigner sur ce sujet et sur les moyens de se la procurer.

En cas de risque de transmission du VIH (p.ex rupture du préservatif ou non usage du préservatif), il est important de clarifier au plus vite si un traitement d’urgence – la PEP (prophylaxie post-exposition au VIH) –  est nécessaire. Une PEP doit être commencée au plus tard dans les 48 heures suivant la prise de risque. Plus vite elle est commencée et meilleures sont les chances d’éviter une infection au VIH. Dans ce genre de situations, adressez-vous aux centres Checkpoint ou aux services d’urgence des hôpitaux.

Une vaccination contre le HPV (papillomavirus) est recommandée pour toutes les personnes trans. Elle est gratuite jusqu’à 26 ans. Il est possible de se renseigner auprès de son médecin ou bien d’un centre de santé sexuelle y compris Checkpoint.

Il est aussi recommandé de se faire vacciner contre les hépatites A et B.

Pénétration

Pour les personnes trans assignées de sexe masculin à la naissance sous hormonothérapie et qui ont conservé leur pénis et leurs testicules, le fait d’avoir un sperme plus liquide et translucide ne signifie pas qu’il n’y a pas de risque de transmettre le VIH ou d’autres IST, ni une impossibilité de procréer. Lors de toute pénétration, utilisez un préservatif. La prise d’hormones féminisantes et/ou d’anti-androgènes entraîne souvent une baisse de libido et une érection permettant de pénétrer un_e partenaire peut être difficile. Dans ce cas, on peut s’aider d’un cockring (anneau qui se met autour du pénis).

Personnes trans avec un néo-vagin (vagin créé chirurgicalement): lors des pénétrations, demandez à votre partenaire d’utiliser un préservatif externe ou bien utilisez un préservatif interne (Femidom). Ne pas lésiner sur le lubrifiant, car la peau d’un néo-vagin peut avoir de minuscules lésions, dues par exemple à l’usage d’un dilatateur (instrument servant à élargir le vagin), qui sont autant de portes d’entrée potentielle pour le VIH et les autres IST.

Pour les personnes trans assignées de sexe féminin à la naissance, ayant conservé leur vagin et sous hormonothérapie, la testostérone a tendance à affiner et assécher les muqueuses vaginales. Cela peut entraîner des douleurs et/ou des lésions (blessures) qui sont autant de portes d’entrée potentielles pour le VIH et d’autres IST si vous êtes pénétré_e. Pour toutes les pénétrations (vaginales comme anales), demandez à votre partenaire d’utiliser un préservatif externe ou utilisez vous-même un préservatif interne (Femidom). Il ne faut pas hésiter à utiliser beaucoup de lubrifiant !

Pour les personnes trans qui ont un néo-pénis (phalloplastie ou métaidoioplastie), il est difficile actuellement de savoir s’il y a plus ou moins de risques de contracter le VIH ou une autre IST qu’avec un pénis non-trans en cas de pénétration ou de fellation. Par précaution, il est conseillé d’utiliser un préservatif. Pour les personnes avec une phalloplastie sans pompe érectile, il est possible d’utiliser une prothèse pénienne creuse pour pénétrer un_e partenaire. Pour les personnes ayant une pompe érectile, un cockring peut aider à maintenir une érection plus ferme. Pour celles qui ont un néo-pénis sur lequel un préservatif « classique » ne convient pas, on peut le remplacer par un doigtier ou le découper dans un gant en latex. L’efficacité de ces méthodes de protection est cependant mal connue et il faut donc effectuer des checkups VIH/IST réguliers en cas de relations ouvertes/non-exclusives. 

Cunnilingus, fellation et anulingus

Recevoir ou faire un cunnilingus (stimulation de la vulve avec la bouche) est une pratique sans risque pour la transmission du VIH. Par contre, on peut contracter d’autres IST. Les risques pour un néo-vagin, par rapport à un vagin non-trans sont très peu connus. Par précaution, il est plus prudent de se protéger avec une digue dentaire, un carré de latex (p.ex. préservatif découpé) ou du film alimentaire non-poreux, surtout si le vagin a été créé à partir du côlon.

Pour la fellation (stimulation du pénis avec la bouche) et l’anulingus (stimulation de l’anus avec la bouche), les risques ne diffèrent pas par rapport à une personne cis (=non-trans).

Ciseaux

Dans la position des « ciseaux » (vulve contre vulve), il y a peu de risque de transmission du VIH (sauf pendant les règles). En revanche, le risque de transmettre ou de contracter une autre IST est réel, en particulier le HPV.

Jeux de doigts et sex-toys

Les caresses et pénétrations vaginales et anales avec les doigts sont sans risque de transmission du VIH et d’autres IST s’ils ne sont pas salis par des sécrétions vaginales, du sperme, du sang ou des produits contaminés (ex. : lubrifiant). Pour les sex-toys, il est recommandé de ne pas utiliser le matériel d’autres personnes. Toutefois, si vous désirez les partager le mieux est de recouvrir le sex-toy avec un préservatif qui est à remplacer à chaque changement d’orifice et de partenaire ou alors de bien le nettoyer avec un désinfectant (à base de Chlorhexidine) ou en le faisant bouillir (si le matériau le permet). Cette dernière étape est à effectuer après les rapports sexuels (même si l’on a utilisé un préservatif comme protection) pour une future utilisation.
plus d’informations sur l’entretien des sex-toys 

Pratiques hard

Les pratiques hard, le fist (pénétration du vagin ou de l’anus avec la main) notamment, sont déconseillées avec un néo-vagin car il existe un risque que le vagin ressorte avec la main, variable selon la technique chirurgicale. Il faut donc faire très attention et être prudent_e, (élasticité moindre qu’un vagin non-trans), surtout si l’opération est récente.

Mettez un gant si vous fistez quelqu’un ou assurez-vous que la personne qui vous fiste en porte, que ce soit dans l’anus ou le vagin.

Pour les autres pratiques hard, les risques de transmission et les moyens de protection sont les mêmes que pour une personne cis. 

Procréation et contraception

Les méthodes de contraception autres que le préservatif n’empêchent pas de contracter ou de transmettre le VIH et d’autres IST.

En dehors des méthodes de contraception « classiques » (préservatif, stérilet, pilule, etc.), une hormonothérapie à long terme empêche la procréation. Toutefois, au début de la prise d’hormones, il faut un certain temps, variable en fonction des personnes et du type d’hormonothérapie (produit, posologie, etc.), pour que la capacité procréative devienne théoriquement nulle. Il est conseillé d’en parler avec son/sa médecin, son/sa gynécologue ou son endocrinologue.

Le fait de prendre de la testostérone ne signifie pas qu’il n’est pas possible de tomber enceint_e si vous avez conservé votre utérus et vos ovaires. La probabilité est faible, surtout s’il n’y a plus de règles, mais elle n’est pas nulle. Parlez-en à votre gynécologue afin de vous assurer d’avoir une contraception efficace et adaptée si vous ne souhaitez pas être enceint_e.

Les personnes trans assignées de sexe féminin à la naissance qui ont conservé leur utérus et leurs ovaires qui ont eu un rapport vaginal non protégé ou mal protégé (avec ou sans éjaculation) peuvent recourir à une contraception d’urgence (appelée aussi « pilule du lendemain ») dans une situation où il aurait un risque de grossesse non-désirée. Il s’agit de comprimés qui réduisent fortement le risque de grossesse en cas de rapport vaginal non protégé. Il faut la prendre au plus tard 120 heures après le rapport non protégé. Plus elle est prise tôt, plus elle est efficace.

Où se procurer la contraception d’urgence ?

  • Dans les centres de planning familial et de santé sexuelle.
  • En pharmacie sans ordonnance (entre 25 et 40 francs).
  • Dans les services d’urgence hospitaliers.

La contraception d’urgence ne protège ni du VIH ni des autres infections sexuellement transmissibles. Renseignez-vous au Checkpoint (ou aux urgences hospitalières) sur l’indication à une PEP, à vous vacciner contre les hépatites A et B et à prévoir des dépistages d’IST.

Suivi médical

Gynécologie

Un contrôle gynécologique régulier (une fois par an ou tous les deux ans) est recommandé pour les personnes trans avec un vagin natif ou un néo-vagin. Un contrôle gynécologique permet de dépister la présence éventuelle d’IST, d’autres infections ainsi que de cancers.

Les personnes trans ayant un col de l’utérus (y compris celles ayant effectué une hystérectomie sans ablation du col de l’utérus) devraient effectuer un test Pap (frottis du col de l’utérus) de manière régulière. Les contrôles gynécologiques réguliers (sans test Pap) restent conseillés même après une hystérectomie complète (ablation chirurgicale de l’utérus). Pour les personnes trans qui prennent de la testostérone et qui ont conservé leur utérus ou leurs ovaires, il est également conseillé de faire vérifier leur taille. Les hormones peuvent parfois faciliter le développement de kystes sur les ovaires. Dans certains cas, la testostérone peut aussi les rendre plus petits. Les personnes pour qui il est important de conserver la possibilité d’avoir des enfants devraient veiller à faire contrôler que les ovaires ont toujours une taille habituelle.

Le test Pap n’est pas nécessaire pour les personnes avec un néo-vagin puisque celui-ci est un conduit qui ne présente pas de col. Un frottis n’est justifié dans le néo-vagin qu’après examen en cas d’écoulements, saignements ou douleurs. Le contrôle devrait en revanche comprendre un examen de la prostate qui est conservée lors de l’opération de réassignation.

Pour les personnes trans ayant conservé leur poitrine native ou en ayant développé une suite à un traitement hormonal, il est également conseillé de profiter d’un contrôle gynécologique pour faire examiner les seins/le torse par palpation afin de déceler des formes inhabituelles qui pourraient être le signe d’un cancer. Le contrôle de la poitrine par mammographie peut également être indiqué selon les mêmes recommandations que pour les femmes cis.

Sur demande, les consultations pour personnes trans des Checkpoints de Zurich, Berne et du canton de Vaud peuvent fournir des adresses de gynécologues trans friendly.

Urologie et andrologie

Le risque de cancer de la prostate est diminué mais pas supprimé par la prise d’œstrogènes.  Un suivi régulier est conseillé pour les personnes trans assignées de sexe masculin à la naissance et présentant des facteurs de risque (cas de cancer de la prostate dans la famille par exemple). Pour celles qui ont conservé leurs testicules, un auto-examen des testicules par palpation est aussi recommandé pour détecter toute grosseur ou douleur qui devrait mener à consulter pour écarter un éventuel cancer.

A ce jour, les données sur la santé postopératoire des personnes trans avec un néo-pénis (phalloplastie ou métaidoioplastie) manquent. Par précaution, il est recommandé d’avoir un suivi médical régulier du néo-pénis et des éventuels implants (testicules, prothèse érectile).

Injection de produits

Les personnes réalisant des injections elles-mêmes, que ce soit des produits psychoactifs (cocaïne, héroïne…), d’hormones et/ou de silicone, ne devraient pas partager le matériel d’injection (aiguilles, seringues, cotons) pour éviter la transmission du VIH et de l’hépatite C. Ce matériel doit être neuf, stérile et il est à usage unique ! Même avec du matériel stérile, toute injection de silicone dans le corps, surtout de type non médical, est dangereuse (risque durable d’inflammations, de déplacement du produit dans le corps et d’autres complications graves).     

Trans & VIH+

Les effets physiques d’une infection au VIH et d’un traitement antirétroviral peuvent être multiples.

Pour les personnes trans séropositives, certains aspects particuliers sont à considérer, comme par exemple le fait de suivre un traitement antirétroviral et de prendre des hormones en même temps.

Une personne infectée par le VIH sous traitement antirétroviral avec un suivi régulier et ayant un taux de virus dans le sang non détectable ne transmet pas le VIH. Il n’est donc dans ce cas pas nécessaire d’utiliser le préservatif ou la PrEP dans le cadre d’une relation stable exclusive. Pour les relations ouvertes/non exclusives, le préservatif permet de réduire le risque d’avoir une autre infection sexuellement transmissible.

Hormonothérapie et chirurgie

Le fait d’être séropositif/ive n’est pas n’empêche pas d’avoir accès à une hormonothérapie ou à une chirurgie, peu importe le stade de l’infection.

Traitement antirétroviral et hormones

Actuellement, les interactions entre un traitement antirétroviral (TAR) et une hormonothérapie sont encore peu connues, en particulier pour les personnes trans qui prennent de la testostérone. On sait toutefois que les antirétroviraux peuvent influencer le taux d’hormones, notamment les œstrogènes, et donc leur efficacité.

Certains traitements font baisser le niveau d’hormones dans le corps, alors que d’autres l’augmentent. Il est donc nécessaire de contrôler régulièrement son taux d’hormones. S’il y a un changement lié à un TAR, voir avec son médecin soit pour adapter l’hormonothérapie (augmentation ou diminution du dosage ou de la fréquence d’administration), soit pour essayer un autre traitement antirétroviral, si cela est possible.

Si, pour une raison ou une autre, vous arrêtez un traitement antirétroviral ou que vous ne le prenez pas de manière régulière (ce qui est à éviter au maximum en raison du risque de développement de résistance du virus au traitement), il faut penser que vous pouvez vous trouver avec un taux d’hormones dans le corps très élevé. Un fort taux d’hormones peut entraîner des complications cardiovasculaires graves (AVC, thromboses veineuses) ou une embolie pulmonaire. Comme pour tout autre traitement et principalement en raison des possibles interactions médicamenteuses, il est très important que votre médecin connaisse exactement quelles hormones vous prenez (y compris si vous en prenez sans prescription médicale) et en quelle quantité.

Ressources

Le contenu de cette page a été élaboré en collaboration avec le Checkpoint Vaud et la fondation Agnodice.